La propriété n’est pas une valeur en soi. C’est du capital immobilisé qui exige d’être respecté.
Dans de nombreuses PME suisses, l’expression « cela nous appartient » reste synonyme de solidité. C’est historiquement compréhensible et émotionnellement explicable. Mais du point de vue économique, cela devient de plus en plus coûteux.
Chaque franc immobilisé dans une machine est un franc qui ne finance ni les stocks, ni la vente, ni la numérisation, ni l’augmentation de salaire qui permet de retenir un spécialiste dans l’entreprise.
Dans un contexte où les banques examinent les dossiers de manière plus sélective, accordent davantage de poids aux garanties et prennent plus de temps pour rendre leurs décisions de crédit, le rôle de la liquidité évolue fondamentalement. [Source : enquête actuelle sur l’octroi de crédits aux PME, par exemple de la BNS ou le Baromètre des PME] Elle n’est plus seulement un confort, mais une réserve stratégique.
Une entreprise qui dispose de liquidités peut accepter une commande importante à court terme, réorganiser une chaîne d’approvisionnement, absorber la hausse de prix d’un fournisseur ou acquérir un concurrent. Celle qui a immobilisé ses liquidités dans ses actifs peut devoir y renoncer, même si son bilan paraît solide.
C’est précisément le point dérangeant de ce débat : un bilan solide et la capacité opérationnelle d’agir ne sont pas la même chose. Nous mesurons soigneusement le premier et presque jamais la seconde.
L’objection est connue et doit être prise au sérieux : sur l’ensemble de la durée, l’utilisation coûte souvent plus cher que la propriété. C’est vrai si l’on considère uniquement l’achat. Le calcul change dès que l’on intègre l’utilisation du capital libéré et le coût d’une commande manquée. Il change encore pour les actifs dont on n’a besoin que pendant une génération technologique.
La question décisive n’est donc pas idéologique, mais opérationnelle : pour quels actifs la propriété nous rapporte-t-elle quelque chose, et pour lesquels ne payons-nous que pour un sentiment de sécurité ?
Une entreprise artisanale prend ses véhicules de service en leasing et conserve des fonds pour les pièces de rechange, les salaires et les projets clients à court terme. Ce n’est pas une idéologie. C’est de l’allocation de capital.
Quelle part de vos fonds propres se trouve actuellement dans l’atelier sans travailler ?