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Investir sans réflexe de propriété

Ne rien faire est aussi une décision d’investissement. Mais sans rendement.
Une phrase revient particulièrement souvent dans les réunions cette année : « Nous allons encore attendre. » Elle paraît prudente. Le plus souvent, elle traduit un pari tacite : celui que l’incertitude est un état passager et non la température de fonctionnement de la prochaine décennie.
Les raisons sont réelles. Les prévisions de croissance sont revues à la baisse, l’évolution des taux d’intérêt reste difficile à anticiper, et les droits de douane ainsi que la politique commerciale peuvent bouleverser les calculs du jour au lendemain. [Source : prévision actuelle du KOF ou du SECO]
Mais la facture de l’attente ne figure dans aucune demande d’investissement. Elle apparaît ailleurs : dans des budgets d’entretien qui augmentent un peu chaque année, dans le coût de l’électricité par pièce produite, dans des taux de rebut que plus personne ne remet en question parce qu’ils sont associés à la machine, dans des heures d’arrêt considérées comme « normales », et dans des commandes pour lesquelles aucune offre n’est établie faute de capacité.
Ces coûts présentent une caractéristique désagréable : ils sont diffus. Une demande d’investissement à six chiffres est examinée, remise en question et reportée. Le même montant, réparti sur quatre ans entre réparations, pertes d’énergie et marges contributives non réalisées, ne fait jamais l’objet d’une réunion.
L’erreur de raisonnement est plus profonde. Nous considérons l’investissement comme un risque et l’attente comme une position neutre. Elle ne l’est pas. Attendre est une position qui a un coût, simplement comptabilisé plus tard, sous d’autres numéros de compte.
Cela ne signifie pas que tout investissement est judicieux aujourd’hui. L’objection à un investissement majeur est souvent fondée. Mais l’alternative à « tout renouveler » n’est pas « ne rien faire ». Elle consiste à investir de manière ciblée là où se situe le goulet d’étranglement et à adapter le financement à l’incertitude.
Une PME industrielle ne doit pas remplacer tout son parc de machines. Elle peut prendre en leasing une machine clé à haute efficacité énergétique qui réduit les rebuts et la consommation d’électricité, avec des mensualités prévisibles plutôt qu’une importante sortie de capitaux.
La question la plus honnête n’est donc pas : pouvons-nous nous permettre cet investissement ? Mais : combien de temps pouvons-nous encore nous permettre de conserver l’ancienne machine ?
Qui parmi vous a déjà effectué ce calcul avec rigueur et a été surpris par le résultat ?