La résilience est devenue synonyme d’immobilisme. Ce malentendu a des conséquences coûteuses.
Depuis quelques années, de nombreuses entreprises considèrent comme solide celui qui ne prend plus de risques importants : investissements reportés, projets suspendus, capitaux conservés et planification des effectifs gelée. Cela paraît responsable et est rarement remis en question par les conseils d’administration, car la prudence l’emporte toujours sur le plan rhétorique.
Mais c’est de la rigidité, pas de la résilience. Une entreprise qui ne peut répondre à un choc qu’en attendant n’est pas résistante. Elle est bloquée et ne s’en aperçoit parfois que lorsqu’un concurrent s’est montré plus agile.
Le terme vient de la science des matériaux. Il ne désigne pas la dureté, mais la capacité à se déformer puis à retrouver sa forme initiale. Les matériaux durs se cassent. C’est une meilleure métaphore de la gestion d’entreprise que nous aimerions l’admettre.
La résilience consiste donc à rester capable d’agir, même si l’on ignore ce que réservent les trois prochaines années. Une entreprise qui ne peut prévoir les droits de douane, les risques liés aux chaînes d’approvisionnement, les prix de l’énergie et la réglementation n’a pas besoin de meilleures prévisions. Elle a besoin de décisions qui peuvent être corrigées sans mettre l’exploitation en danger.
C’est avant tout une question de durée d’engagement, non de courage. Une installation utilisée pendant une durée définie, puis remplacée, prolongée ou restituée en connaissance de cause, offre une sécurité de planification dans les deux sens. Une installation achetée immobilise du capital et fixe en même temps le choix technologique pour une décennie que personne ne connaît.
L’objection est fondée : la flexibilité n’est pas gratuite. Des durées plus courtes et des options de restitution ont un prix. Il faut toutefois définir à quoi on le compare. Dans un monde stable, il est trop élevé. Dans un monde où des décisions douanières bouleversent des calculs en quelques semaines, il constitue une prime d’assurance. [Source : évaluation actuelle des obstacles au commerce pour les exportateurs suisses, par exemple du SECO ou d’economiesuisse]
Une PME exportatrice modernise ses équipements d’emballage et de stockage sans alourdir son bilan pendant des années. Elle investit tout en restant agile.
Une question sincère : votre prudence actuelle est-elle de la résilience ou simplement un report bien argumenté ?