70,15 % de non à l’initiative sur la neutralité. 72,52 % de non à l’initiative sur l’alimentation. Aucun canton ne les a acceptées. Le résultat est remarquablement clair.
Les deux textes avaient peu de choses en commun. Et personne ne devrait prétendre que tous ceux qui ont voté non l’ont fait pour les mêmes raisons.
Une lecture commune s’impose néanmoins: la Suisse a rejeté à deux reprises l’idée que la sécurité se construise par des contraintes rigides inscrites dans la Constitution.
La neutralité exige une marge de manœuvre
La neutralité ne signifie pas l’immobilisme.
L’initiative sur la neutralité aurait considérablement restreint la marge de manœuvre de la Suisse en matière de coopération sécuritaire. Une coopération avec des alliances militaires ou de défense n’aurait en principe été possible qu’en cas d’attaque militaire contre la Suisse ou de préparation d’une telle attaque. Les sanctions contre des États belligérants en dehors du cadre de l’ONU auraient également été fortement limitées.
Cela peut sembler cohérent. Mais cette cohérence aurait eu un prix: la perte de flexibilité.
Si la coopération ne peut commencer qu’une fois la menace déjà présente, elle commence trop tard.
La sécurité se prépare en amont. Par le dialogue. Par des exercices communs. Par des partenariats. Par des relations qui fonctionnent avant même que l’on en ait un besoin urgent.
Le non n’est donc pas un non à la neutralité. La neutralité demeure. Ce qui a été rejeté, c’est sa fixation dans un cadre constitutionnel nettement plus étroit.
Et cela compte.
Les cyberattaques, les pressions géopolitiques et la criminalité organisée ne s’arrêtent pas aux frontières. Un État souverain doit donc pouvoir décider quand, avec qui et comment il protège ses intérêts.
L’autosuffisance n’est pas synonyme de sécurité d’approvisionnement
L’initiative sur l’alimentation posait une question similaire sur la notion même de sécurité.
Elle voulait faire passer le taux net d’auto-approvisionnement de la Suisse d’environ 46 % à au moins 70 % en dix ans.
Une production nationale plus importante peut renforcer la sécurité d’approvisionnement. Mais davantage d’autarcie ne signifie pas automatiquement davantage de résilience.
La Suisse dispose de surfaces agricoles limitées, d’une forte densité de population et d’une économie fortement interconnectée. Sa sécurité d’approvisionnement repose donc sur plusieurs piliers: la production nationale, les importations et les réserves obligatoires.
Ce n’est pas une faiblesse.
C’est de la diversification.
Tout gestionnaire de risques connaît ce principe: la résilience ne consiste pas à tout miser sur une seule carte. Elle repose sur plusieurs sources d’approvisionnement, des réserves et des alternatives.
Une agriculture suisse forte est donc essentielle à la sécurité alimentaire.
Mais des partenaires commerciaux fiables le sont tout autant.
La souveraineté, c’est pouvoir décider
C’est là que se trouve le véritable enjeu.
La souveraineté ne consiste pas à avoir le moins de relations possible avec les autres. Elle consiste à conserver la capacité de décider soi-même.
Un pays qui se prive volontairement de ses possibilités futures ne devient pas automatiquement plus indépendant.
La Suisse n’a donc pas à choisir entre indépendance et coopération.
Elle peut rester neutre tout en coopérant en matière de sécurité.
Elle peut renforcer son agriculture tout en continuant à commercer à l’international.
Elle peut défendre ses intérêts sans s’isoler.
Un petit pays au cœur de l’Europe est le plus fort lorsqu’il reste autonome dans ses décisions tout en étant solidement connecté à ses partenaires.
Le double non du 27 septembre peut donc aussi se lire ainsi:
Non à l’auto-limitation.
Oui à la marge de manœuvre.
Ce n’est pas avec moins de coopération que la Suisse devient plus souveraine ou plus sûre.
C’est en conservant la liberté de décider elle-même avec qui elle souhaite coopérer.